(©Jonathan O'Hear.)

L’association de malfaiteurs est un collectif de deux & leurs invité·es. Un collectif à géométrie variable formalisé en 2021 et qui existe déjà depuis longtemps. Un jour Brice Catherin et Jonathan O’Hear finissent par officialiser leur engagement artistique commun sous forme d’association. Plus qu’une forme juridique (ils en avaient déjà plusieurs), il s'agit d’une intention artistique qu’ils ont développée ensemble et avec d’autres. C’est à travers le temps que cette pensée a pris forme, à travers les nombreuses rencontres artistiques, à travers le monde, les projets, les ateliers et les discussions qu’ils ont collectionnés.

Plus qu’un acte artistique, l’association de malfaiteurs est un acte d’amour qui veut réunir toutes les personnes brillantes qui gravitent les unes autour des autres depuis plusieurs décennies.

L’intention est simple : une association rassembleuse qui se doit être évolutive en son cœur. Ce n’est ni un objectif ni un chemin, c’est un point de départ vers lequel on peut revenir et duquel on repart sans cesse, et jamais seul.

L’association de malfaiteurs avait donc déjà de nombreux collaborateur·ices et plusieurs projets réalisés avant même d’exister. Il y a des artistes de toutes les disciplines, des philosophes, des ingénieurs, des sociologues, des architectes et des machines.

C’est un réseau humain et une constellation de projets qui se regardent, s’entrechoquent, s’influencent, se croisent, s’échangent et qui s’aiment.

Glory
Ripe
Monochromes intérieurs
Points de référence

Glory



Glory est une oueb série en trois parties. Chaque partie est une oueb app différente. Ça parle de fascisme, c'est super, et c'est gratuit. Ça marche assez mal sur Safari et très bien sur tous les autres navigateurs. La photo ci-dessus est une version transformée par mes soins d'une photo de Sebleouf en licence CC.
Épisode 1.
Épisode 2.
Épisode 3.

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Ripe

Ripe est une performance qui renouvelle le rapport du violoncelliste classique à une pièce de répertoire, la sonate de Kodaly. Pour permettre ce renouvellement, à défaut de pouvoir changer l’accord du violoncelle, c’est le violoncelliste qui est modifié. Chacun des trois mouvements de la sonate est précédé d’un long solo de danse, au travers duquel son corps est complètement transformé : épuisé, certes, mais aussi ouvert, redécouvert, retravaillé, étiré, brûlant, ancré, conscient.

Pour danser, il utilise la méthodologie de Ioannis Mandafounis qui a la qualité rare de s’adapter et de sublimer tous les corps (de tous les âges) au lieu de les normaliser et d’exiger leur jeunesse. Dans cette méthode, basée sur l’improvisation, les émotions du danseur sont le moteur des mouvements. Le corps et l’espace dans lequel il évolue deviennent des caisses de résonance de ces émotions. C’est en cela que se crée le cercle vertueux de l’interdisciplinarité : les émotions créées par la musique de Kodaly sont encore amplifiées par la danse ; celles créées par la danse le sont encore par la musique. On pourrait parler de “larsen” entre les deux disciplines.

Ainsi la sonate, d’une part débarrassée des automatismes d’interprétation inévitables après vingt ans de pratique, et d’autre part nourrie par les émotions de la danse, se découvrira à l’interprète et au public comme une œuvre inouïe et nouvelle. En retour, la danse bénéficiera des idiosyncrasies du corps du violoncelliste et de toute la musique dont celui-ci est chargé. Il s’agira également d’une expérience unique pour le public, puisque traditionnellement, danse et musique sont confiées à des artistes différents au lieu de traverser, comme ici, un même et unique corps.

Artistes : Brice Catherin, Ioannis Mandafounis et Jonathan O’Hear.

Interview :





Captation :



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Monochromes intérieurs

Monochromes intérieurs est à la fois une extension de Ripe et de Points de référence. Cette performance interactive explore les mouvements internes provoqués par le visuel et le sonore. Les artistes et les spectateur·ices portent des casques audio et des lunettes 1D.

Avec les lunettes 1D, on entre dans la couleur comme dans un espace infini, sans formes. En l’absence de concret, notre sensibilité augmente, le cerveau cherche quelque chose à voir. Des formes vagues comme des fantômes commencent à apparaître, puis des formes géométriques claires, des lignes, et des hallucinations.

Dans le casque audio on entend, au centre du crâne, le son du violoncelle électrique débranché. Ce n’est plus que quatre cordes sans aucune résonance qui donnent un son à la fois très pur, étrange et d'une âpreté particulière. On n'a pas de repère culturel pour l'appréhender, on doit faire connaissance “sur le tas” avec cette nouvelle culture sonore.

Ensemble, le sentiment d'immersion en soi devient si fort qu’il est parfois presque insupportablement intense.

Les artistes sont également immergés dans l'installation et sont eux aussi affectés par les couleurs et les sons qu’ils produisent. Cela crée une boucle de rétroaction entre leurs états d'esprits instantanés et la façon dont ces états d'esprits s’ajoutent les uns aux autres. Un mouvement intérieur est induit par les sons et les couleurs, poussant le cerveau à s’abandonner au corps. C’est une alternative abstraite au réalisme de l’ultra haute définition et à la réalité virtuelle. Une direction opposée qui explore une connexion plus intime avec notre monde intérieur et avec les forces visibles et invisibles de la nature qui nous entourent et nous lient à tout et à tous·tes. Lorsque cinquante personnes vivent simultanément cette expérience, elle devient une expérience individuelle et commune, une forme d'hallucination collective.

Artistes : Jonathan O’Hear et Brice Catherin.

Interview :





Captation :



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Points de référence

Points de référence examine la notion d’expérience commune à travers l’aphantasie. C’est un espace immersif, la projection d’un mental troublé pour lequel la réalité est incertaine et changeante.

L'aphantasie est l'incapacité de se représenter une image mentale. Nous nous situons tous·tes sur le spectre entre aphantasie et hyperphantasie. Cela affecte les images picturales sonores et olfactives et influence profondément la manière dont nous pensons, nous souvenons et percevons le monde. Nous concevons notre réalité en nous basant sur ces perceptions et ces souvenirs. Notre cerveau prend les océans d'informations qui inondent nos sens et les transforme en un monde intérieur subjectif qui nous paraît immuable. À travers le temps, les souvenirs qui construisent cette réalité se transforment et se désynchronisent de ceux des autres, même s’il s’agit d’expériences communes. Lorsque notre vision du monde change, nous modifions nos souvenirs pour remédier à la dissonance cognitive. Par ailleurs, nous avons tendance à voir et à entendre ce à quoi nous nous attendons et tout nous pousse à croire que c'est la réalité, et même, que cette réalité est partagée par les autres.

Nous n’avons pas les mêmes points de référence et pas les mêmes souvenirs ; c’est un miracle qu’on se comprenne, pour autant qu’on puisse être compris.

Ce dispositif joue avec les limites du système visuel, alors artistes et spectateur·ices, bien que présent·es en même temps, percevront des réalités très individuelles. C’est en les comparant qu’ielles construiront une nouvelle réalité composite et collective.

Artistes : Jonathan O’Hear et Carolina Restrepo



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