C’est finalement à l’âge de 36 ans, après avoir composé près de 80 pièces, été sur scène comme interprète et improvisateur, et alors qu’il planche sur son doctorat en composition, que Brice Catherin se rend compte que l’important, c’est moins la musique que l’amour. Il décide alors de s’y consacrer intégralement et produit, sous forme de collaborations consenties avec ses bon.nes ami.es, des objets intermedia (notamment avec les Noisebringers), des performances (avec Ioannis Mandafounis), de la poésie (avec Cléa Chopard), des choses visuelles (avec Mariabrice Sapphocatherin), mais aussi des vitraux (avec Cynthia Udriot), des articles divers (pour The Mass) et un album de jazz (avec Sam Eastmond), car il est toujours violoncelliste ès sons bizarres si on le lui demande gentiment. D’ailleurs, à ce titre, il a la joie d’être un vétéran des ensembles d’improvisateurs Insub Meta Orchestra (CH) et Union Division (UK). Il habite à Genève.



(image de Andy Brydon)

(Rumeur)
En janvier 2007, Michèle Pralong, lors d’un match de basket de son fils, rencontre Brice Catherin, alors arbitre de métier. Elle lui explique qu’elle a « adoré [sa] prestation d’arbitre, à la fois extravagante et sobre » et qu’elle voudrait l’engager pour une série de dix concerts et performances musicales au théâtre du Grütli (Genève, Suisse), dont elle vient d’être nommée co-directrice. Catherin l’informe qu’il ne sait pas du tout jouer de la musique et n’est d’ailleurs pas du tout intéressé par l’art, mais Pralong explique que c’est un « bluff » que les directrices veulent tenter. Constatant la platitude et le manque d’imagination de la scène musicale romande, elle souhaite mettre un coup de pied dans la fourmilière en inventant un musicien expérimental de toutes pièces. D’abord perplexe, Catherin accepte. Sans aucune préparation d’aucune sorte, il se retrouve quelques mois plus tard (septembre 2007) avec un violoncelle dans les mains, instrument dont il ignore jusqu’au nom, en compagnie d’un vrai danseur, Foofwa d’Imobilité, et une vraie chanteuse, Édmée Fleury. S’en suivent dix performances (jusqu’en juin 2008) en compagnie de plusieurs artistes professionnels pendant la saison du théâtre du Grütli. Le public et la critique sont perplexes mais le bluff prend si bien que plusieurs institutions et festivals, impressionnés par le CV de Catherin (le théâtre du Grütli est allé jusqu’à acheter une fausse lettre de recommandation au vrai compositeur Michael Jarrell), l’engageront à leur tour : festival Archipel, festival de la Bâtie, Villa Bernasconi, Théâtre de l’Usine, MAMCO, théâtre de la Traverse, Festival Fureur de Lire à Genève, le centre Pompidou à Paris et le théâtre de l’L à Bruxelles, ce dernier allant jusqu’à avoir Catherin comme artiste en résidence pendant deux années. Évidemment chacune de ces institutions comprend le pot-aux-roses après chaque prestation de Catherin, et le voici peu à peu banni de toutes les scènes des pays francophones. Y ayant pris goût, cela ne l’empêchera pas d’étendre le bluff au reste de l’Europe, au Japon et au Canada. Dernier coup de poker en date : il décide en 2017 de s’inscrire en doctorat de composition en Angleterre et obtient même une bourse prestigieuse, puis obtient son diplôme en 2020.